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Apnée contemplative : cinq arguments pour se laisser emporter par « Hors de l'haleine »

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Apnée contemplative : cinq arguments pour se laisser emporter par « Hors de l'haleine »

Photo: Kotivalo, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Depuis sa présentation en avant-première, « Hors de l'haleine » alimente des débats enflammés dans les colonnes de la presse culturelle, des « Cahiers du Cinéma » aux critiques de « Première ». Diviser, en art, n'est pas la pire des qualités. Encore faut-il savoir ce que l'on vient y chercher. Voici cinq raisons, sans ordre d'importance, de tenter l'expérience en salle.

1. Une photographie qui sculpte l'obscurité

Le chef opérateur a travaillé avec des sources quasi exclusivement pratiques — lampadaires, néons de pharmacie, phares de voitures — pour restituer une France nocturne que peu de films osent filmer sans la lisser. Les visages émergent de la pénombre comme des îles. Sur grand écran, la différence avec un écran de télévision n'est pas une nuance, elle est une nécessité : ce film a été pensé pour la salle obscure, et il le rappelle image par image.

2. Une bande-son qui respire à contretemps

Plutôt que d'accompagner la tension, la musique de Grégoire Hetzel la contredit : nappes feutrées là où le récit s'embrase, silences assourdissants là où l'on attend un crescendo. Ce décalage permanent désoriente, puis hypnotise. Le mixage, mixé au studio de Saint-Ouen, joue également de l'espace sonore de façon presque architecturale — une raison de plus d'éviter l'attente des plateformes.

3. Une direction d'acteurs du silence

Les interprètes principaux, dont le nom est retenu par la production jusqu'à la sortie, livrent ici une leçon de retenue. Pas de monologues spectaculaires : la tension se loge dans un regard baissé, une main qui hésite sur une poignée de porte. Les amateurs de cinéma d'acteurs — ceux qui ont aimé les dernières heures de « L'Événement » ou la rigueur d'un Desplechin — reconnaîtront immédiatement l'école.

4. Un rythme qui exige, puis récompense

Oui, le film est lent. Non, il n'est pas lent par accident. Sa temporalité étirée est un dispositif narratif à part entière : chaque scène que l'on croit superflue se révèle, a posteriori, être une pièce du mécanisme. Le spectateur pressé perdra le fil ; le spectateur attentif sera payé de sa patience au centuple. C'est un thriller qui fonctionne comme la lecture d'un roman policier dont on relirait chaque paragraphe.

5. Un dénouement qui relance la partie

Difficile d'en dire beaucoup sans trahir. Disons simplement que la dernière séquence opère une redistribution complète de ce que l'on vient de voir, et que les sorties de salle, ces derniers soirs, se sont terminées en discussions prolongées sur le trottoir — phénomène devenu suffisamment rare pour être signalé.

Pour qui, exactement ?

Pour celles et ceux qui estiment que le cinéma d'auteur français a encore des territoires à explorer. Pour les spectateurs des cinémas d'art et essai, du Reflet Médicis à l'Utopia de Toulouse. Et pour tous ceux qui, un soir, accepteront d'échanger deux heures de distraction contre deux heures de présence.

« Hors de l'haleine » est à l'affiche dans les salles art et essai dès cette semaine. Retenez votre respiration — le film s'en chargera très bien lui-même.

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